THEM CROOKED VULTURES…

Posted in Uncategorized on septembre 1, 2009 by TOMA

Sur le papier, le line-up menaçait de décapiter quiconque s’approcherait un peu trop près des baffles du festival Rock en Seine, ce dimanche soir : Josh Homme, routier du rock américain, frontman de Queens Of The Stone Age ; Dave Grohl, multi-génie, bourrin stylé chez Foo Fighters ou QOTSA qui a réussi la prouesse de faire oublier qu’il y a encore quelques années, il était le batteur de Nirvana, tant la qualité de ses projets successifs depuis la mort de Cobain attise un vent qui souffle dans son dos ; Et enfin, “fuckin John Paul Jones”, comme le présente Josh Homme, qui a lui-aussi réussi à faire passer son groupe originel au rang de passé lointain.

han, han, tu flippes ou quoi !!?

Wesh, tu flippes ou quoi !!?

Sur le papier, donc. Mais sur scène, c’était un peu différent. Programmé en secret à Rock en Seine sous le patronyme fleuri de “Les Petits Pois”, Them Crooked Vultures laissait percer des vibrations tapageuses sur le web depuis le début de leur tournée secrète, mais pourtant j’avais peur. Peur d’avoir déjà vu, peur d’être berné par l’affiche et de découvrir un troupeau de stars jaunies peinant à jouir (ça ne serait pas le premier supergroupe foireux en dépit de la qualité des membres), peur de me rendre compte que Dave Grohl était à l’Ouest, peur de pas être en transe alors que peu de line-up m’attiraient autant que celui-ci, peur des fantômes et peur du dimanche soir. J’avais peur des redites et du blues, pour la première fois, peur des réunions, des festivités trop attendues et des qualificatifs évidents qui les accompagneraient le lendemain dans la presse. Bref, je me posais des tas de questions.

C'est eux...

C'est eux...

Il faisait beau, l’herbe rase et grillée du Parc de St Cloud sentait le rock, la bière et les frites échangés ici depuis 3 jours. En face, la cène était immédiate, image saisissante de ces trois bonshommes hénaurmes, flanqués d’Alain Johannes, guitare rythmique pour l’occasion. Them Crooked Vultures = grand méchant rock, bordé de métal et suspendu au cadavre du blues, ouais. Lançage de bûche dans ta tête. Mais lorsqu’au bout de deux morceaux, j’ai regardé la demoiselle qui m’accompagnait avec un point d’interrogation dans l’œil droit, elle m’a dit : “Je trouve ça… vieux”. Elle n’avait pas totalement tort, mais pas totalement raison non plus. Parce que ces bonshommes au lourd passé de marteau-piqueurs ont beau être traversés de lourdeurs pas toujours bien gérées, la quasi-totalité des morceaux largués ce soir-là renfermaient quelque chose de dangereusement moderne. Un rock aiguisé et complexe qui croisait les structures de QOTSA avec la puissance d’un vieux Led Zep revisité part le feu Grohlien, un blues briseur d’enclumes cuirassé d’énergie neuve et de technologie supersoniques. On en retiendra le riff trempé de Nobody Loves Me And Neither Do I, qui sonne d’ailleurs 47 fois mieux en live que sur cet extrait propret proposés par le groupe via le web. TCV est définitivement un groupe de scène.

A l’opposé de nombreuses réunions de dinosaures régulièrement téléguidées par tous les Jeff Beck de la terre qui récitent un même catéchisme blues lassant en avalant leurs manches, Them Crooked Vultures propose un format actuel, un rock métallique surexcitant qui doit beaucoup aux innovations que catapultent depuis une décennie les intéressés au sein de leurs formations respectives. Propulsée par un son lourd comme la mort transpercé de quelques bons coups de brute du sieur Grohl, la potion des maîtres chaudronniers était au poil, étonnante, décapante, même pour qui n’en connaissais une seule note. Et c’était le challenge : faire disjoncter une foule demandeuse mais sceptique avec des chansons inconnues.

Vieux ? A dire vrai, il manquait quelque chose, oui. Mais ce n’était pas un riff, ce n’était pas la qualité des chansons ni les arrangements parfaitement gérés, ou même les prouesses techniques de cette troupe de chevaliers sur-carrés. Non, il manquait un look, un sexe, un jeu de scène, une aura.  Il y avait le sang, le son, le bruit, manquait le sexe, ouais. Les applaudissement peu nourris quoique fervents l’ont souligné. Il manquait, au milieu, un chanteur avec une putain d’attitude. Josh Homme devrait s’arracher les cheveux, tailler cette pitoyable houpette blonde qui soutient sa chevelure d’or, brûler sa belle chemise blanche de VRP en vacances et suer un peu plus. Un peu comme Dave Grohl, parfait dans son rôle : gouttelettes  sur tatouag, frappe de sauvage et c’est tout. Tout d’un coup, ça aurait eu un peu plus de gueule. Les filles auraient enlevé leurs t-shirt et ça aurait tout changé…

Wesh. Après, il y vait MGMT, on avait l’impression d’être dans une boom. L’excellent concert ressemblait à une bulle de coca-cola, une surprise-party chez ta voisine avec de l’orangeade gratos pour tout le monde. Et là, les filles enlevaient leurs t-shirt. Voilà, Week-end wars est une tuerie pop pour hippies numériques. Rinçage des oreilles avant la nuit. Trop bien.

TA-POUM-POUM-TCHAK…

Posted in Uncategorized on août 5, 2009 by TOMA

La première fois que j’ai rencontré Tony Allen, il fumait des joints sous la pluie en plein coeur de Toronto. L’illustre batteur, ancien rythmicien du seigneur africain Fela Anikulapo Kuti, donnait à l’époque un masterclass à la Red Bull Music Academy, cette école de musique futuriste au sujet de laquelle je reportais alors pour Le Monde 2 (article, jamais publié, ici). Entre deux sessions, on s’était retrouvé avec quelques élèves sur le toit de l’Academy, bénis par la pluie d’un automne canadien pourri, pour discuter sans fin.

tony allen 01

J’avais posé quelques questions à Allen en me disant que ça intéresserait peut-être MUZIQ, ce qui était le cas (Muziq n°13, spécial Fela, mars 2008). La discussion avait tourné autour d’Art Blakey, de la taille que doit avoir une cymbale ride pour ne pas parasiter la musique, de valeur de la caisse claire dans la musique africaine et d’un tas de trucs qui avaient aiguisé ma curiosité et m’avaient fait dire que ce serait pas mal de faire, un jour, une vraie interview avec cet old drummer. En juin dernier, la sortie de l’excellent Secret Agent me refilait un prétexte en or plaqué double et serti de diamants. World Sound m’envoyait, moi et mon magnéto, discuter avec lui.

Hardcore roots afrobeat @ World Circuit

Hardcore roots afrobeat @ World Circuit

A 70 balais approchants, Tony Allen semble aussi fringuant qu’à l’époque ou il déglinguait les clubs de Lagos au sein du big band de Fela. Planqué sous une casquette noire option vert-jeune-rouge sur les côtés, il ne répond qu’aux questions qui l’intéressent, mais raconte volontiers de belles histoires au creux desquelles se mêlent son passé de musicien de club, son adoration pour les batteurs de jazz américains et les fondations de son propre style. Un jour, il a compris qu’il ne serait jamais plus fort qu’Art Blakey et qu’il fallait is’nventer quelque chose de nouveau.

Selon lui, c’est cette formation sur le tas, les oreilles collées à la radio et les deux mains sur la caisse claire qui a permis à l’Afrique des années 60 et 70 d’envoyer par le monde quelques drummers sévères, polyrythmiciens habiles et faiseurs de breaks hallucinés. Non sans un certains mépris, il compare ces batteurs “qui savaient le jazz” à quelques cogneurs débiles qui font aujourd’hui dans le hip-hop ou le r’n'b sans connaître l’histoire de leur musique, rudiments et fondamentaux.

Appuyé sur un jeu de batterie riche et délicat, parcouru de syncopes discrètes et de polyrythmies lumineuses, il imprime à l’afrobeat de Fela, lorsqu’il intègre la gigantesque caravane Africa 70 à la fin des années 60, une tension constante, un mouvement perpétuel qui doit aux techniques du jazz autant qu’à celles du tambour traditionnel, ramenant vers l’Afrique les rythmes que l’Amérique y a pioché. Pour autant, si l’on a beaucoup parlé de l’influence du funk américain de James Brown sur la musique de Fela au tournant des années 70 (Africa 70 tourne en Amérique en 1969), Tony Allen affirme qu’il n’a rien retiré de l’enseignement des batteurs de Brown. Et qu’en prime, c’est même lui qui leur a tout appris…

Quelques entourloupes contractuelles et la lassitude des tournées pharaoniques du seigneur Fela auront raison de sa participation à Africa 70 qu’il quitte à la fin de la décennie 70. Débarqué en Angleterre puis en France, où il réside, Allen ne bat pas en retraite pour autant. Il faut que le beat avance, constamment, quitte à distendre l’afrobeat classique pour y enchâsser les vapeurs électroniques qu’il récupère sur Black voices, ou à le frotter au superfunk azimuté qu’il invente sur Psyco on da bus, huis clos improbable dans un autobus de tournée (en collaboration avec l’ex-Assassin Doctor L). Ou même à une folk-pop digitalisée par le génial Damon Albarn (Blur) sur le projet The good, the bad & the queen. Paradoxalement, les récents Lagos No Shaking et Secret Agent signent un retour clair aux sources de l’afrobeat. C’est un peu de ce parcours qu’il redessine dans l’entretien accordé cet été à WORLD SOUND. Si vous ne savez pas quoi faire à la plage, claquez donc vos 5 euros et quelque là-dedans.

WORLD SOUND N°5 - Dispo en bas de chez toi...

WORLD SOUND N°5 - Dispo en bas de chez toi...

JUST ANOTHER FACE IN THE BUS…

Posted in Uncategorized on août 4, 2009 by TOMA

Lorsque j’ai reçu, il y a quelques semaines, la réédition du fabuleux God Loves Ugly du duo Atmosphere, j’ai sursauté. Ca fait des années que je n’ai plus écouté ce disque avec lequel j’avais un rapport trouble. J’ai découvert ce duo basé à Minneapolis à une période où j’étais un peu en vrac, et les lyrics de Slug me collaient aux gencives. J’aurais pu les écrire. Certains soirs où j’étais défoncé et parano, j’avais l’impression que Slug parlait de moi, que ces contes de la loose ordinaire étaient les pages d’un journal intime que je n’avais pas la force d’écrire.

atmos-godlo

Quelque chose changeait dans le rap. Déjà, le précédent opus de Slug, Lucy Ford (en réalité une série de trois EP consacrés à sa relation complexe et pétée la Lucy en question), laissait filer un désespoir nu en forme de monologue intérieur, introspection constante et sordide avouant faiblesses, manquements, errances. Percutant les attitudes de poseurs de la décennie précédente au profit d’une textualité neuve, ce disque et quelques autres parus au même moment marquaient quelque chose de nouveau. Du rap de blanc défoncé du bulbe, du middle-class à la ramasse et quelques pensées dont on n’est jamais très fiers. Sur des productions de DJ Ant, harmonies claires et beats extra-lourds, Slug en donne les directions les plus saillantes (même si le rimeur est parfois inégal…), oscillant entre colère et amertume (Fuck you Lucy), volonté de puissance et dégoût de soi (Modern man hustle), taillant au couteau les gouaches d’une existence lambda. L’amour en berne, le cœur déchiqueté par des fantômes, ce poète des dissensions internes et des émotions fêlées n’est pas un super héros du ghetto comme les rappeurs d’alors, mais un gratte-papier anonyme dont les poèmes pluvieux approchent d’indicibles malaises quotidiens. Un verbe dur et tendre dont les graines lexicologiques ont participé au renouveau le plus séduisant de l’époque, entre les plumes de Sage Francis, Alias, Sole ou et des Deep Puddle Dynamics, embryon poétique déviant dont naîtra le label Anticon (cLOUDDEAD, Why?, Odd Nosdam, Themselves…) lorsque ses membres fileront vers la côte Ouest, laissant Slug seul avec ses problèmes de cœur et de sang. Je ne sais pas comment on a fait pour sortir de cette année 2002 vivants. Les rimes étaient sinistres.

“I wear my scars like the rings on a pimp
I live my life like the captain of a sinking ship
The only thing that I can guarantee
I’m like a stepping raiser, I suggest you stay fair with me
Been paying dues for a decade plus
Before that I was just another face on the bus
Tappin my foot, to the beat on the radio
Dreaming bout the mic and the money and the ladies,
Oh mom, I promise I’m gonna be large
Some day I’mma stop trying to borrow your car
Gonna go far, with charisma and skills

Until they put my face on a million dollar bill”


Atmosphere – God loves ugly – 2002 (rééd. Rhymesayers / PIAS)


Today, i got a million dollar bill yo…

MOONTALK / LIFE AFTER DEATH

Posted in Uncategorized on juillet 31, 2009 by TOMA

Des fois qu'elles tombent...

Des fois qu'elles tombent...

Allez savoir pourquoi, Olivier Cachin adore déblatérer pendant des heures en mangeant des sushis. Curieusement, son 10° arrondissement en est plein, chinois financiers du riz international, racheteurs de jap’ en faillite et samouraïs du poissons crus. Quand le Roi est mort, c’est dans un de ces cerisiers parisiens que je l’ai retrouvé. Il me fallait produire pour le « Magazine de la filière musicale » une étude chiffrée des résultats de l’album Thriller, sixième album solo de Michael Jackson, paru fin 1982. Olivier était le parfait client, lui qui voue un culte à l’obscur Jackson et en maîtrise la discographie jusqu’à citer le nom des demi-frères des choristes présents sur des maquettes jamais finalisées. Mais surtout parce qu’il vient de publier Pop Life, sévère biographie de l’auteur de Thriller, à laquelle il mettait une touche finale lorsque TMZ a annoncé la mort du bonhomme ,le 25 juin dernier. En plus de ses connaissances pointues, le journaliste s’est mis à la colle avec des ultra-fans rencontrés sur des forums de geeks et n’a pas non plus hésité à se taper les quelques milliers de pages des minutes du procès de 2005. Pop Life, du coup, est un document tout à fait solide.

Pop Life est aussi le nom d'un album de David Guetta, curieux...

Pop Life est aussi le nom d'un album de David Guetta, curieux...

En entrant chez les samouraïs, l’intérêt de Thriller était pour moi double : en plus d’être un excellent album au songwriting futuriste doublé d’une synthèse brillante des musiques noires et blanches de l’époque (Quicy Jones à la production, Van Halen à la guitare, rappelons-le…), il est aussi une curiosité économique pour l’industrie du disque. Saint Graal des chiffres de ventes, record absolu approchant les 130 millions d’exemplaires vendus, il a percuté l’industrie du disque dans son ensemble, modifié le rôle de l’image, du vidéo-clip et initié des techniques de marketing et de promotion inédites.

thriller

Sur le premier point, Cachin nous éclaire sur l’énergie artistique qui entre dans la composition de Thriller, un point largement occulté : Thriller est avant tout le résultat de la frustration d’un artiste furax d’être noir, de n’être pas un sujet de couv’ pour le magazine Rolling Stone et de n’avoir récolté qu’un seul Grammy Awards avec son Off The Wall paru en 1979. Thriller est un disque de colère.

Sur le second point, il a fallu aller chercher dans les chiffres et méthodes de l’industrie, mais Olivier nous laisse une piste. L’exemple du tournage du clip “Thriller, un an après la sortie de l’album, en est un excellent exemple.

Mon collègue Romain Berrod, avec qui l’article a été écrit, rapport l’information suivante : « A l’époque, la durée moyenne d’exploitation d’un album oscillait entre six et huit mois. Les soins apportés à Thriller dureront… deux ans. Au total, sept singles en seront extraits (sur un total de neuf titres), soit deux fois plus que d’habitude. Cette stratégie, payante, sera utilisée de nombreuses fois par la suite pour exploiter et construire des blockbusters. Dès 1984, Columbia décidera de d’extraire sept singles de Born In The USA de Bruce Springsteen, qui occuperont chacun le Billboard Hot 100. Warner choisira cinq singles pour Purple Rain de Prince. Mercury en utilisera sept pour Hysteria de Def Leppard. Chacun de ces trois albums dépasseront les 10 millions d’exemplaires rien qu’aux États-Unis… » CQFD.

C’est intéressant, certes. Mais il n’empêche qu’on ne sondera jamais totalement le fond du méga Thriller. On peut analyser cet impérial succès sous divers prismes, il demeure et demeurera entouré d’un halo de mystère. Avant le marketing, la communication et les dollars investis, il reste Thriller, œuvre majeure d’un surhomme encore enfant qui a mis en scène ses fantasmes, ses paranoïas, ses danses électriques et ses contes de Peter Pan déviant sans qu’on ne puisse lire distinctement entre ces lignes mêlées. C’est ça, le moteur de Thriller, bien plus que le marketing. C’est l’histoire d’un génie immature de douze ans d’âge mental qui s’est dit : “Ah ouais, ce serait super si je me transformais en monstre !”

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Dont acte...

Pour terminer, je vais me mettre les historiens officiels à dos : je certifie sur l’honneur que le meilleur album de Jackson n’est pas Thriller, mais Bad. Question d’époque peut-être, puisque je suis né en 1977, mais question de chanson aussi. “Smooth Criminal” est une des chansons les plus réussies de l’histoire de la musique. Stream this here !

Précisions, développements, suite et bonus tracks dans le n°508 de Musique Info, actuellement en kiosques.

FAUSSES VACANCES…

Posted in Uncategorized on juin 22, 2009 by TOMA

What’s up wolrd !!? J’avais à faire et c’était sérieux, alors j’ai déserté quelque temps. Ces semaines, aussi speed que riches, m’ont conduit de Ivry jusqu’au New York des années 60, de là en Nouvelle Orleans post-Katrina, puis à Bergerac, mon ghetto super-chouette où le soleil ne plaisante pas. A l’île de Ré, puis à nouveau à Boulogne, à Clichy et, pour finir, dans un hôtel cossu du 8° arrondissement pour discuter autour d’un verre de champagne avec une dame aussi grande que vielle. Les entretiens ont livré quelques secrets, comme à chaque fois :  techniques d’enregistrement foireuses, singe descendu d’un arbre pour insulter le lion, Saint-Germain-des-Prés, le Général de Gaulle, “Bohemian Rhapsody”, Terry Bozzio vs Ringo Starr, des extra-terrestres, Fela, le Golf Drouot  et un ouragan.

Archie Shepp m'en a raconté de bien bonnes...

Archie Shepp m'en a raconté de bien bonnes sur ta mère...

En vrac, il y avait dans ce trip fascinant LIM, Archie Shepp, Juliette Gréco, Orelsan, Tony Allen, illustre batteur de Fela, Laura Roslin (!!), Chuck Perkins, The Soul Rebels, Jordan Richardson et son compère Ben Harper, et enfin Mike Portnoy, batteur cinglé s’il en est. Et même une après-midi chez Johnny Hallyday autour d’un disque de blues, ce qui ne m’avait jamais, de la vie, effleuré l’esprit. Aussi, un détour par les dessous invisibles de la loi Hadopi, au cœur des processeurs surpuissants qui surveillent tes téléchargements. C’est un peu comme si tous ces gens qui ne se connaissent pas se parlaient entre eux. Tous leurs mots sont dans ma machine.

Ces réjouissances azimutées paraîtront dans la presse d’ici quelques jours, mais je me suis mis illico en congés, privilège freelance en villégiature chez moi-même, histoire d’abreuver mes amis électroniques de quelques extraits postés en avant-première. Avant de filer à nouveau, en vacances j’espère. Je reviens…

TOUS ILLICITES !!

Posted in Uncategorized on avril 22, 2009 by TOMA

Cet après-midi il faisait encore beau, mais j’étais enfermé dans une cité de Pont de Sèvres, premier sous-sol, chez le sonneur franco-algérien LIM qui s’apprête à sortir un disque avec Zeler. Le disque paraîtra en juin, mais il tourne en boucle dans le studio de Tous Illicites Records.

Eh ouais, une photo de Brounch...

Eh ouais, une photo de Brounch...

LIM est un personnage étonnant. L’an dernier, un matin de printemps, j’avais rendez-vous avec un responsable de chez Polydor avec qui je consultais les classements. Tout d’un coup, il m’a dit : “Toma, c’est quoi “[Lime]“, le mec qui est premier du top album, là ?” Il s’agissait d’LIM, rappeur de Boulogne qui, sans bruit, ni promo, ni pub, ni quoi que ce soit, classait alors son disque “Délinquant” à la première place du top album, déclassant d’un coup toute la variété du moment. Je riais, mais le type de Polydor ne comprenait pas, n’avait jamais entendu parler de ce mec. J’explicitais alors le pourquoi du comment dans cet article.

La délinquence, en 19 titres

Depuis ce succès passé sous silence, LIM a investi dans le rap. Il a installé un studio au milieu de sa cité du Pont de Sèvres et fait désormais les choses pour son quartier.  Sur ses disques, il raconte sa vie, de manière crue, simple et brute. Du coup, ça conne juste, même si le verbe est approximatif. C’est précisément ça, le rap. Un mec déverse sa vie sur le beat, et tant mieux si ça rime. Et même s’il y a des gros mots… Oui, LIM est grossier, mais on sait tous que ce n’est pas grave. Rangez votre indignation.

J’ai toujours aimé LIM. A cause de son vocabulaire simple et touchant, à cause de son éthique simplement honnête.  Il me fait penser à la Scred Connexion, à ce patrois du bitûme, à ce parler de tous les jours. LIM ne se raconte pas d’histoires et c’est rare dans ce rap business. Il fait partie de cette génération de rappeurs qui, là où les parrains NTM et consorts se voulaient “haut-parleurs” à l’adresse de la société, ne s’adressent désormais qu’au ghetto. Fatigués de devoir se justifier depuis 20 ans, les rappeurs ne sont plus ces “haut-parleurs”, mais mais des agents confidentiels qui  se chuchotent à l’oreille. Les cités parlent au cités, et nique sa mère le reste.  Sur ce nouveau disque d’LIM, qui illustre cet auto-discours, il y a quelques textes superbes. “Ce qu’elle veulent” parle des filles, version LIM. Les putes ou soumises y trouveraient à redire, mais en vérité, LIM est juste honnête. “Elle nous veulent pères / Mais nous on n’est pas des mecs mortels”, trop occupés à faire quelques maigres euros sur le ter-ter en vendant du mauvais shit. LIM ne vend plus de shit, mais à Pont de Sèvres, ça n’a pas cessé pour autant. Son disque est rempli de ces phases quotidiennes, de ces vies lambda pleines de tracas racontées sans emphase ni grands discours. Pas de flingue ni de couteau, juste un cerveau et accessoirement une bombe de peinture pour démonter quelques murs. Des instants racontés, chochottés, à l’attention de qui voudra bien les entendre. Cherchez pas Brel, il est mort. “Le bre-heu-heu-li-que-que !!”

Ecoutez-ça dès que ça sort. L’avant prermière, c’est ici :

HADOPI : LA FESSEE !

Posted in Uncategorized on avril 9, 2009 by TOMA

C’est une déculottée monumentale que vient d’essuyer la majorité, ce jour aux alentours de 13h, lors du vote de l’Assemblée nationale qui devait ratifier la version finale du texte de la loi dite Hadopi, instaurant la Haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur internet. Adoptée jeudi dernier après des mois de débats houleux autour de ce texte approximatif à bien des égards (techniquement, mais aussi au regard des libertés publiques), puis retouchée par une commission paritaire mixte ces jours derniers, la loi a finalement été rejetée par 21 voix contre 15.

(c) Le Monde / www.lemonde.fr

(c) Le Monde / www.lemonde.fr

En cause, l’amateurisme des députés UMP qui ont pensé un peu trop fort que l’affaire était dans le sac et ont préféré aller manger un sandwich dans ce petit café charmant planqué derrière le Palais Bourbon. Au moment du vote, les députés de l’opposition étaient plus nombreux que prévu. Ils se seraient, selon les dires de la majorité, planqués dans un petit couloir attenant à l’hémicycle, jolie petite manœuvre… Christine Albanel est effondrée, et l’on imagine aisément le président fou de rage…

Si les débats peuvent, selon le droit constitutionnel, reprendre en seconde lecture à partir du 27 avril, le gouvernement devra donc affronter un nouveau débat à l’Assemblée, ce qui risque d’être fatal au projet étant donné l’impopularité des mesures qu’il prévoit. « L’effet médiatique est désastreux, reconnaît-on au ministère de la Culture, ça va prendre plus de temps que prévu mais on continue ». note le site Ecrans (Libération). En gros, la loi n’est pas loin d’être enterrée…

SUITE ET FIN…

Posted in Uncategorized on avril 6, 2009 by TOMA

Suite aux pressions exercées sur le Printemps de Bourges par le conseil régional du Centre, ce dernier conditionnant les subventions publiques du festival à la dépro-grammation immédiate du rappeur Orelsan, la direction de l’évènement envoie aux décideurs une réponse aussi cinglante que claire. Dont on salue au passage le courage, quoiqu’on pense de la chanson.

Communiqué : “Le 2 avril 2009, M. François Bonneau, Président de la Région Centre, financeur important du Printemps de Bourges, précisait dans une interview à Libération que si le Printemps de Bourges ne déprogramme pas Orelsan, il procèderait à une diminution drastique des subventions des festival.

Ce jour, le 6 avril 2009, Le Printemps de Bourges prend ses responsabilités et confirme qu’il ne déprogrammera pas Orelsan aux motifs suivants :

- En tournée depuis quelques mois, Orelsan n’interprète pas cette chanson sur scène et nous avons l’assurance qu’elle ne sera pas chantée au Printemps de Bourges.

- En déprogrammant Orelsan, notre festival ferait un acte de censure et de sanction vis à vis d’un artiste, qui plus est pour des actes ou textes qui sont étrangers au Festival.

- Aussi scandaleux et odieux que soit le texte de cette chanson, le Printemps de Bourges estime qu’il n’a pas à être complice d’un véritable tribunal populaire qui tente de se substituer à la justice dans un Etat de droit. L’équipe du Festival constate par ailleurs que le clip et le texte de cette chanson, diffusés sur de nombreux sites Internet depuis 2 ans, n’ont fait l’objet d’aucune mesure d’interdiction.

- En outre, le Printemps de Bourges est très perplexe de voir qu’un Président d’une Collectivité publique, sans en avertir le Festival, puisse à travers un communiqué de presse conditionner une subvention à une sanction envers un artiste.

Daniel Colling
Pour le Printemps de Bourges”

Bravo Mr Colling. Il est heureux qu’un directeur de festival soit capable d’autre chose que de se coucher devant ce genre d’intimidations purement politiques. Affaire classée. On peut désormais parler d’autre chose.

ORELSAN = NAZI

Posted in Uncategorized on avril 2, 2009 by TOMA

Quelques jours au soleil m’ont fait du bien. Mais en rentrant, c’était le jeune Orelsan, délinquant verbal originaire de Caen qui faisait la Une à cause de sa délicate chanson “Sale pute”. La ministre de la Culture appelle à la censure, Ni putes ni soumises a enfin trouvé le diable (ce qui assez courant en fait, donc peu étonnant, donc sans trop de valeur…) et un millier de ministres, éditorialistes et donneurs de leçons se déchainent. Et c’est ainsi qu’on accuse un rappeur d’inciter au meurtre des femmes. Ce qui est grave. Et qui est aussi hallucinant puisque, un mois plus tôt, la totalité de la presse saluait son disque “Perdu d’avance”, trop heureuse d’avoir trouvé là, enfin, un rappeur non-bling-bling, doté d’humour et de verve, et surtout non-sexiste et non-facho. Ce qui est rare, il faut bien le reconnaître. Les nombreux journalistes qui font mine de s’indigner aujourd’hui ont salué ce « rap cru, ludique et bourré de punchlines dévastatrices » (L’Express) et ce ton « entre burlesque décapant et noirceur » (RFI).

Orelsan, 26 ans, perdu d'avance...

Orelsan, 26 ans, perdu d'avance...

Pourtant, la découverte sur internet d’un clip vieux de 3 ans qui ne figure même pas sur l’album, n’est même pas un bon morceau de rap et n’a pas été joué en concert depuis des lustres a projeté le rappeur sous le feu critique de tout ce que ce pays compte de bien-pensants incapables d’un quelconque discernement. Cette société de l’indignation à pas cher, où tout doit être lisse et propre, coupé bien net et bien carré, où celui qui ose faire preuve de second degré n’est qu’un mécréant qui appelle au meurtre, devient fatigante. La chanson est violente. Le fait d’en réclamer la censure est démesuré, pratique d’un autre temps. Car malgré le poids que ce politiquement correct veut faire peser sur Orel, « Sale pute » n’est pas sa réalité ni celle qu’il prône, mais une fiction, une farce tragique sur-jouée qui met en scène le passage de l’amour à la haine d’un beauf alcoolisé ruiné par la passion, exactement comme dans un théâtre grec, micro, baskets et argot en plus. Mais tragique parce que ce dont parle Orel existe bel et bien, ces brutes capables de ruiner une femme en deux gifles. Mais ce n’est pas Orel qui met les coups. Finalement, cette vindicte de la part d’un monde adulte qui sait ce qui est bon ou pas pour ses enfants et s’érige en censeur, fait directement écho à ce titre d’Orelsan drôle et bien foutu, que les journalistes ont adoré : “Changement”.

Orelsan est exactement la mauvaise cible sur laquelle il ne fallait pas tirer ; le contre-emploi total. Cette attaque est rétrograde, maladroite, hors contexte. J’étais furax, donc, en rentrant. Je l’ai dit au rédac’chef. Il m’a dit “vazy”

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Allez-y, donc. C’est par ICI.

TUPAC A BORDEAUX

Posted in Uncategorized on mars 25, 2009 by TOMA

Ce week-end, alors que je visitais mes frères de Bordeaux, errant sans but sous les lampadaires de cette ville trop belle, je me suis plongé dans la lecture d’un ouvrage étonnant, une enquête policière sur la mort des rappeurs Biggie Smalls et Tupac Shakur, dessoudés à quelques mois d’intervalles à la fin des années 90. L’an dernier, j’avais parcouru ce bouquin dans une librairie de Toronto en me disant qu’il faudrait le traduire en français. C’est désormais fait, et bien fait, sous la houlette des éditions Payot. L.A.Byrinthe, solide résumé des spéculations et enquêtes qui ont suivi les deux meurtres sort ces jours-ci.

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Une belle couv' ratée. On se demande même s'il s'agit bien de Biggie, à gauche...

Il faisait beau, place Gambetta. Il fait toujours beau place Gambetta. Et le soleil qui me cognait sur le crâne me projetait quelques années en arrière, lorsque je reportais pour Radikal au sujet de la scène rap bordelaise. J’avais eu alors, dans un café précieux de cette place, une longue discussion bourrée avec un certain Boogie Bunk, danseur de sa ville, au sujet de la mort de Tupac. Ca partait dans tous les sens. Il était convaincu que c’était le FBI, le président des Etats-Unis, même, avaient donné ordre de dessouder Tupac, rappeur incontrôlable et leader d’opinion gênant. J’ai toujours pensé que ce n’était que pure spéculation, que ce meurtre et celui de Biggie impliquaient des contingences bien plus quotidiennes que ces philosophies étatiques. Et c’est en substance ce qu’insinue L.A.Byrinthe, où le journaliste Randall Sullivan remonte l’enquête menée par Russel Poole, inspecteur du LAPD, chargé en avril 1997 d’enquêter sur la mort de Christopher Wallace, plus connu sous le nom de scène de Biggie Smalls.

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En 2003, le documentaire Biggie & Tupac de Nick Broomfield se penchait sur les révélation de Poole, mais L.A.Byrinthe fouille le dossier plus en profondeur. Ce qui s’est réellement passé est finalement bien plus triste que la flamboyante thèse impliquant le président ou je ne sais quel illuminati. Tupac Shakur et Biggie Smalls sont morts non parce qu’ils gênaient l’Amérique,  mais à cause de la cupidité et de l’honneur mal placé de quelques gangsters, de quelques millions de dollars payables en CD et d’une poignée de flics du LAPD totalement corrompus mais désespérement couverts par leur hiérarchie. Le scandale Rampart, qui éclaboussait l’entière police de L.A. quelques mois après ces deux drames, atteste cruellement des liens de la police Californienne avec Marion “Suge” Knight, patron du label Death Row Records (qui abritait Tupac), les gangs de Piru street, de la 18° rue et plus largement les Bloods de L.A.