Archive pour décembre, 2008

BLACK EMPOWERMENT, VERSION CHANTEE !

Posted in THINGZ n' SOUNDZ on décembre 21, 2008 by TOMA
L’interview diffusée ici est utilisée dans un article intitulé La victoire, en chantant, paru dans Rolling Stone n°6, actuellement en kiosques.

Quelques temps avant l’élection d’Obama, Rolling Stone m’a commandé un papier sur la musique, la communauté noire et la politique. Un sujet vastement flou, foutrement intéressant mais dont le nombre d’entrées potentielles dépasse l’entendement. Durant quelques jours je suis resté circonspect devant le peu de directives du rédacteur en chef (lui, super enthousiaste, m’a résumé l’histoire des States en 4 minutes, a mentionné Public Enemy, Jefferson, Kennedy, Bradley, Luther King, Mayfield, Kanye West et a raccroché en disant qu’il avait hâte de lire le papier…). Baladant mes doigts entre les disques de Muddy Waters, cliquant les discours d’Obama, relisant Guralnick, Haley et Public Enemy, je me sentais un peu confus en regardant mes disques s’empiler dangereusement au-dessus de la platine. Et puis, un samedi après-midi, je suis tombé chez Gibert sur ce bouquin :

couv-book

Ce bouquin, paru en octobre, est un parfait précis d’histoire noire américaine. Chronologique, documenté et plutôt clair en dépit de l’entrelacs de relations complexes qu’il décrit, il a atterri illico sur ma table de chevet. Et pour pas un rond en plus, privilège de journaliste, rhâââ !… En le lisant, j’avais l’impression que quelqu’un lisait par-dessus mon épaule. J’avais l’impression d’entendre John Lee Hooker grogner et Mayfield sniffer un grand trait sur la table du salon, une sensation de déjà vu, déjà lu, déjà entendu. Tambours lointains, gospels déjantés, colère noire. Paroles de bluesmens résignés, thaumaturgies gospels et espoirs soul d’une communauté entière. Malgré un traitement purement politique, économique et social, ce bouquin résonne comme une grosse chanson. J’ai contacté l’auteur qui m’a invité à en discuter.

Nicole Bacharan est politologue, historienne et spécialiste de la civilisation américaine. Consultante, journaliste, professeur, chercheuse, elle allait pouvoir m’éclairer. Mais en fait, dans son chouette appartement parisien à deux pas du Dôme, nulle trace de Nina Simone, de James Brown ou Waters. Elle-même reconnaissait ne pas y connaitre grand chose et finalement c’était tant mieux. Je lui ai parlé de ce que j’entendais dans les disques, dans la colère de Chuck D., les chansons de Ray Charles. Dans ce gospel qui pousse les portes de l’église et vient prêcher dans la rue, dans cet espoir biblique qui devient terrestre, politique, here & now, je lui ai parlé de la soul. De J.B. Lenoir, du chemin de fer, du nord, du sud et de fruits étranges suspendus par une corde à la branche d’un arbre mort. Quand elle parlait de Luther King, des étudiants noirs protégés par les troupes fédérales ou de Malcolm X, tout était lisible dans la musique. Ce qui est logique bien sûr, mais qui est aussi passionnant. Voici quelques extraits, en direct des coulisses.

blues3

LA GUERRE. Pendant la première moitié du XX° siècle et à quelques rares exceptions, l’immense majorité de la communauté noire a vécu sans grand espoir. Ou alors un espoir céleste ressassé dans les églises. Curieusement, la seconde guerre mondiale souffle sur une ségrégation immobile et tutélaire un vent de liberté. Un coup de plafond que l’Amérique conservatrice n’avait pas prévu en envoyant ses noirs au casse-pipe contre des nazis.

Nicole Bacharan, à propos de la guerre :

ESPOIR SOUL. Durant ces 50’s, le changement est radical. La soul qui naît à la fin de la décénnie trimballe la vision d’une communauté qui a conscience d’elle-même, de son destin commun. Une première personne du pluriel (« We rollin’ on ») qui percute la résignation solitaire des bluesmen 40’s.

Nicole Bacharan, à propos de la naissance d’une communauté de lutte :

Isaac Hayes, 1969

Isaac Hayes, 1969


FISSURES.
Paradoxalement, au fur et à mesure que la communauté s’affirme et conquiert des droits dans les 60’s, son ciment se craquelle. La fin des années 60 et les années 70 sont marquées par des tensions internes là où, il y a encore quelques années, la communauté faisait bloc dans la lutte. Dans « Niggers are scared of revolution », les Last Poets évoque en filigrane cette faille qui coupe en deux la communauté noire, sépare une classe moyenne naissante (qui a bénéficié entre autre de l’Affirmtive Action), des ghetto boys restés sur le carreau.

Nicole Bacharan, à propos des dissensions internes à la communauté noire :

last-poets


BRING THE NOISE.
Malgré ces espoirs sixties, le black n’est pas si beautiful que ça aux yeux de l’Amérique. Et la communauté noire dont rêvait Luther King semble parfaitement dispersée, noyée par des disparités sociales criantes. La colère des premiers rappeurs, de Public Enemy à KRS One sonne la fin de la récré dans les années 80.

Nicole Bacharan, à propos des ghettos américains dans les années 80 :

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A lire également : Rolling Stone n°6, disponible en kiosques. Check this out.

Rolling Stone n°6 - Janvier 2009

Rolling Stone n°6 - Janvier 2009


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ROCK THE WEB//

Posted in THINGZ n' SOUNDZ on décembre 9, 2008 by TOMA
Comment le web va faire bouger ton cul !??

Comment le web va faire bouger ton cul !??

Ca fait quelques temps que j’ai envie d’en parler, depuis qu’ils ont fait une couv’ sur The Kills, propos rock inédits dans un mag électro. Juste à cause de la musique. Ce mois-ci, la rédaction claque encore un excellent dossier dirigé par/pour/contre/avec le web. Je sais, je fais un peu de pub, mais je n’ai rien écrit dans ce numéro, donc…

Il y a fort à parier que la majorité de la haute caste journalistique de ce pays a peur du web. Ou du moins n’y comprends pas grand chose, ce qui dans le fond revient au même. Trop rapide, trop vaste, trop compliqué, trop génial. De fait, lorsque ceux qui n’y entendent rien se la jouent moderne et se dévergondent le temps d’un dossier en glosant sur iTunes Music Store, on lit logiquement un certain nombre d’âneries concernant la musique dématérialisée, le téléchargement gratuit ou pas, légal ou illégal, les webradio, la licence Creative Commons et autres sujet que les kids bioniques de l’an 2000, eux, ont parfaitement assimilé. Mais lorsque les plumes de TRAX, elles-aussi bioniques, s’attaquent au sujet, forcément ça va un peu plus loin (et ça s’étale sur plus de 30 pages, ce qui est quand même très rare dans la presse magazine française…). On est ici en territoire électronique, entre retourneurs de plateformes, bloggers infatigables, pirates facétieux, animateurs virtuels et amateurs dévoués. On découpe alors intelligemment influences croisées et coïts futuristes entre musique et technologie.

On salue d’abord l’effort, mais on se réjouit aussi du contenu. Avec pour prétexte initial les crises de nerfs -et de rire- qui ont agité le mois dernier l’Amsterdam Dance Event, l’équipe découpe en une dizaine d’articles les problématiques qui transpercent le sujet : achats en ligne, modes de consommation, labels communautaires, cellules de crise, réactions de pros de la scène électro (de Error Smith à Boyz Noize ou Dave Clarke), leaking, distribution numérique, générateurs de remix, audioblogs (banque de liens conséquente à l’appui), webradios, mixonline, pagailles numériques et foutages de gueules inhérents. Où l’on dit enfin clairement et au grand jour que les raisons de la crise de l’industrie du disque sont un peu les mêmes que celles, plus générales, qui agitent les bourses mondiales en cette fin 2008 : « mauvais management, avarice, manque de vision », dixit Dave Clark. Voilà, fini de dorloter l’industrie. Trax met les mains dans la merde, et sort un grand dossier sur un grand bordel. Achetez et circulez !

LE FANTOME DE RINGO STARR….

Posted in THINGZ n' SOUNDZ on décembre 2, 2008 by TOMA

L’interview relatif à cet article est publié dans Batteur Magazine n°217 (septembre 2008)

Il est communément admis dans l’histoire du rock que Ringo Starr, batteur des Beatles, n’était ni très bon ni très grand batteur. En réalité, son jeu est plus qu’intéressant et aura apporté au drumming pop un certain nombre de surprises (notamment des breaks à rallonge qui sont en fait des beats et autres figures inédites, de « Come together » à « Helter skelter »), mais ce n’est pas là le sujet. Le sujet, c’est qu’il est également communément admis que ce Richerd Starkey n’a pas réellement joué sur tous les enregistrements des Beatles. Il aurait été notamment remplacé par un batteur de studio de l’époque, le gigantesque Bernard Purdie (batteur d’Aretha Franklin, entre autres).

ring

En 1991, Max Weinberg, inflexible batteur du E-Street Band de Bruce Springsteen publiait The Big Beat : Conversations with great rock drummers, recueil d’interview pointues des grands noms de la batterie (Bernard Purdie, Charlie Watts, Ringo Starr…). La lecture de l’interview de Bernard Purdie n’y désamorce aucunement la controverse. Extrait :

Max Weinberg : You played on the Beatles’ tracks?
Bernard Purdie : Twenty-one of them.
MW : Do you remember which ones?
BP : Ummmhmmm.
MW : Which ones?
BP : That’s information I don’t disclose.
MW : Why won’t you name the tracks?
BP : Because, if I need that information to get me some money, then I’ll have what’s necessary. I also played on songs by the Animals, the Monkees–
MW: Everyone knows the Monkees were a fabricated band, but the Beatles–
BP : Ringo never played on anything
MW: Ringo never played on anything?
BP : Not the early Beatles stuff.

max

Lorsque Springsteen a débarqué à Paris en juin dernier, je me suis débrouillé pour rencontrer ce Max Weinberg et évoquer avec lui cet épisode. Aimable, il m’a invité a discuter autour d’une bière dans un hôtel parisien où nous a ensuite rejoint son ami Dave Clark (Dave Clark 5, magnificent shit…). Il ressort de la discussion que Purdie n’a pas exactement joué « à la place » de Ringo. Liée au business de la musique et aux techniques de l’enregistrement de l’époque, la réalité est beaucoup plus nuancée.

Max Weinberg :

Tony Sheridan + The Beat Brothers

Tony Sheridan + The Beat Brothers

Voici quelques versions (datant de 1961) de titres de Sheridan backées par les Beatles -alors inconnus- et dont les breaks seraient à priori joués par Purdie. La batteur de ces Savage Young Beatles est alors Pete Best :

– Ain’t She Sweet
– Sweet Georgia Brown
– Take Out Some Insurance
– Nobody’s Child

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