BLACK EMPOWERMENT, VERSION CHANTEE !

L’interview diffusée ici est utilisée dans un article intitulé La victoire, en chantant, paru dans Rolling Stone n°6, actuellement en kiosques.

Quelques temps avant l’élection d’Obama, Rolling Stone m’a commandé un papier sur la musique, la communauté noire et la politique. Un sujet vastement flou, foutrement intéressant mais dont le nombre d’entrées potentielles dépasse l’entendement. Durant quelques jours je suis resté circonspect devant le peu de directives du rédacteur en chef (lui, super enthousiaste, m’a résumé l’histoire des States en 4 minutes, a mentionné Public Enemy, Jefferson, Kennedy, Bradley, Luther King, Mayfield, Kanye West et a raccroché en disant qu’il avait hâte de lire le papier…). Baladant mes doigts entre les disques de Muddy Waters, cliquant les discours d’Obama, relisant Guralnick, Haley et Public Enemy, je me sentais un peu confus en regardant mes disques s’empiler dangereusement au-dessus de la platine. Et puis, un samedi après-midi, je suis tombé chez Gibert sur ce bouquin :

couv-book

Ce bouquin, paru en octobre, est un parfait précis d’histoire noire américaine. Chronologique, documenté et plutôt clair en dépit de l’entrelacs de relations complexes qu’il décrit, il a atterri illico sur ma table de chevet. Et pour pas un rond en plus, privilège de journaliste, rhâââ !… En le lisant, j’avais l’impression que quelqu’un lisait par-dessus mon épaule. J’avais l’impression d’entendre John Lee Hooker grogner et Mayfield sniffer un grand trait sur la table du salon, une sensation de déjà vu, déjà lu, déjà entendu. Tambours lointains, gospels déjantés, colère noire. Paroles de bluesmens résignés, thaumaturgies gospels et espoirs soul d’une communauté entière. Malgré un traitement purement politique, économique et social, ce bouquin résonne comme une grosse chanson. J’ai contacté l’auteur qui m’a invité à en discuter.

Nicole Bacharan est politologue, historienne et spécialiste de la civilisation américaine. Consultante, journaliste, professeur, chercheuse, elle allait pouvoir m’éclairer. Mais en fait, dans son chouette appartement parisien à deux pas du Dôme, nulle trace de Nina Simone, de James Brown ou Waters. Elle-même reconnaissait ne pas y connaitre grand chose et finalement c’était tant mieux. Je lui ai parlé de ce que j’entendais dans les disques, dans la colère de Chuck D., les chansons de Ray Charles. Dans ce gospel qui pousse les portes de l’église et vient prêcher dans la rue, dans cet espoir biblique qui devient terrestre, politique, here & now, je lui ai parlé de la soul. De J.B. Lenoir, du chemin de fer, du nord, du sud et de fruits étranges suspendus par une corde à la branche d’un arbre mort. Quand elle parlait de Luther King, des étudiants noirs protégés par les troupes fédérales ou de Malcolm X, tout était lisible dans la musique. Ce qui est logique bien sûr, mais qui est aussi passionnant. Voici quelques extraits, en direct des coulisses.

blues3

LA GUERRE. Pendant la première moitié du XX° siècle et à quelques rares exceptions, l’immense majorité de la communauté noire a vécu sans grand espoir. Ou alors un espoir céleste ressassé dans les églises. Curieusement, la seconde guerre mondiale souffle sur une ségrégation immobile et tutélaire un vent de liberté. Un coup de plafond que l’Amérique conservatrice n’avait pas prévu en envoyant ses noirs au casse-pipe contre des nazis.

Nicole Bacharan, à propos de la guerre :

ESPOIR SOUL. Durant ces 50’s, le changement est radical. La soul qui naît à la fin de la décénnie trimballe la vision d’une communauté qui a conscience d’elle-même, de son destin commun. Une première personne du pluriel (« We rollin’ on ») qui percute la résignation solitaire des bluesmen 40’s.

Nicole Bacharan, à propos de la naissance d’une communauté de lutte :

Isaac Hayes, 1969

Isaac Hayes, 1969


FISSURES.
Paradoxalement, au fur et à mesure que la communauté s’affirme et conquiert des droits dans les 60’s, son ciment se craquelle. La fin des années 60 et les années 70 sont marquées par des tensions internes là où, il y a encore quelques années, la communauté faisait bloc dans la lutte. Dans « Niggers are scared of revolution », les Last Poets évoque en filigrane cette faille qui coupe en deux la communauté noire, sépare une classe moyenne naissante (qui a bénéficié entre autre de l’Affirmtive Action), des ghetto boys restés sur le carreau.

Nicole Bacharan, à propos des dissensions internes à la communauté noire :

last-poets


BRING THE NOISE.
Malgré ces espoirs sixties, le black n’est pas si beautiful que ça aux yeux de l’Amérique. Et la communauté noire dont rêvait Luther King semble parfaitement dispersée, noyée par des disparités sociales criantes. La colère des premiers rappeurs, de Public Enemy à KRS One sonne la fin de la récré dans les années 80.

Nicole Bacharan, à propos des ghettos américains dans les années 80 :

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A lire également : Rolling Stone n°6, disponible en kiosques. Check this out.

Rolling Stone n°6 - Janvier 2009

Rolling Stone n°6 - Janvier 2009


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3 Réponses to “BLACK EMPOWERMENT, VERSION CHANTEE !”

  1. Une belle synthèse ! Bravo ! Bien joué !
    Il faudra que je récupère ce livre, et puis j’irais taper le Rolling Stone dans une presse ! 😉

  2. Martin Says:

    J’arrive un peu tard mais ce post m’intéresse beaucoup. Je travail en ce moment sur un mémoire de recherche sur le rap et les élections présidentielles us de 2008. Je vais acheter ce bouquin rapidement, mais est-il toujours possible de trouver le magazine quelque part?
    Autre question : est il possible d’entrer en contact avec toi dans le cadre de ma recherche?

    Merci et bonne continuation

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