JUST ANOTHER FACE IN THE BUS…

Lorsque j’ai reçu, il y a quelques semaines, la réédition du fabuleux God Loves Ugly du duo Atmosphere, j’ai sursauté. Ca fait des années que je n’ai plus écouté ce disque avec lequel j’avais un rapport trouble. J’ai découvert ce duo basé à Minneapolis à une période où j’étais un peu en vrac, et les lyrics de Slug me collaient aux gencives. J’aurais pu les écrire. Certains soirs où j’étais défoncé et parano, j’avais l’impression que Slug parlait de moi, que ces contes de la loose ordinaire étaient les pages d’un journal intime que je n’avais pas la force d’écrire.

atmos-godlo

Quelque chose changeait dans le rap. Déjà, le précédent opus de Slug, Lucy Ford (en réalité une série de trois EP consacrés à sa relation complexe et pétée la Lucy en question), laissait filer un désespoir nu en forme de monologue intérieur, introspection constante et sordide avouant faiblesses, manquements, errances. Percutant les attitudes de poseurs de la décennie précédente au profit d’une textualité neuve, ce disque et quelques autres parus au même moment marquaient quelque chose de nouveau. Du rap de blanc défoncé du bulbe, du middle-class à la ramasse et quelques pensées dont on n’est jamais très fiers. Sur des productions de DJ Ant, harmonies claires et beats extra-lourds, Slug en donne les directions les plus saillantes (même si le rimeur est parfois inégal…), oscillant entre colère et amertume (Fuck you Lucy), volonté de puissance et dégoût de soi (Modern man hustle), taillant au couteau les gouaches d’une existence lambda. L’amour en berne, le cœur déchiqueté par des fantômes, ce poète des dissensions internes et des émotions fêlées n’est pas un super héros du ghetto comme les rappeurs d’alors, mais un gratte-papier anonyme dont les poèmes pluvieux approchent d’indicibles malaises quotidiens. Un verbe dur et tendre dont les graines lexicologiques ont participé au renouveau le plus séduisant de l’époque, entre les plumes de Sage Francis, Alias, Sole ou et des Deep Puddle Dynamics, embryon poétique déviant dont naîtra le label Anticon (cLOUDDEAD, Why?, Odd Nosdam, Themselves…) lorsque ses membres fileront vers la côte Ouest, laissant Slug seul avec ses problèmes de cœur et de sang. Je ne sais pas comment on a fait pour sortir de cette année 2002 vivants. Les rimes étaient sinistres.

« I wear my scars like the rings on a pimp
I live my life like the captain of a sinking ship
The only thing that I can guarantee
I’m like a stepping raiser, I suggest you stay fair with me
Been paying dues for a decade plus
Before that I was just another face on the bus
Tappin my foot, to the beat on the radio
Dreaming bout the mic and the money and the ladies,
Oh mom, I promise I’m gonna be large
Some day I’mma stop trying to borrow your car
Gonna go far, with charisma and skills

Until they put my face on a million dollar bill »


Atmosphere – God loves ugly – 2002 (rééd. Rhymesayers / PIAS)


Today, i got a million dollar bill yo…

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Une Réponse to “JUST ANOTHER FACE IN THE BUS…”

  1. « Oh mom, I promise I’m gonna be large
    Some day I’mma stop trying to borrow your car
    Gonna go far, with charisma and skills
    Until they put my face on a million dollar bill »

    C’est du Blues.

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