DIGITAL MASSACRE…

La première fois que j’ai entendu Collie Buddz, j’étais défait. Vautré dans un profond canapé chez un ami par une après-midi d’été brulante version grand sud français, j’avais l’impression d’entendre le démon en personne, une sorte de Sizzla Kalonji à la mâchoire désaxée, au verbe sur-ample et aux articulations liquides qui débitait ses rimes avec l’assurance, la fierté et le style d’un géant. Je voyais clairement devant moi ce bobo ashanti de deux mètres, ogre au flow 6XL version tueur de riddim. Déjà je voyais des ombres d’ornythorynque tueurs ramper sur les murs et sentais le sol se fissurer. Tout Bordeaux était en feu. Seb était dans le même état que moi, possédé. J’ai adoré.

Tête de fou, Sizzla Kalonji, roi des dingues. Ne fume que des dubplates.

Mais en réalité, non. Quand il marche dans ce Brooklyn hivernal avec son pantalon sans ceinture, ce n’est pas la même histoire. Collie Buddz est un petit américain blanc et simplet, avec quelques boutons qu’il cache sous une barbe de trois jours soigneusement entretenue entre les sessions photos qu’il fait actuellement pour Vibe. Ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout un thug des collines jamaïcaines au patois cassé. Il parle  avec ce petit accent des cool banlieues canadiennes, et tire à peine son joint. Je savais qu’il ne venait pas de Jamaïque, mais là, j’étais scié. On dirait qu’il est à côté de son monde.

Collie Buddz..weiser.... Prince des GI's !

Emigré aux Bermudes où il s’est fait visiblement chier durant toute sa jeunesse, à l’exception de quelques dupblates gravées à l’occasion, le bonhomme n’a pas le vécu, la mystique, ni les visions d’un Sizzla ; contrairement à ce qu’on entend sur disque, où, précisément, il déchiquète avec la précision élastique des plus grands. Mais du coup, quand on parle avec lui, on s’ennuie un peu. Il répond poliment, aime bien les gâteaux que lui préparait sa voisine quand il était gamin, avoue que c’était vraiment une grande joie de signer chez Sony dans les années 2000, préfère pas se prononcer dès qu’on parle de politique et aime bien tout le monde dans l’industrie du disque. Quelle vie épatante !

Super ! Collie Buddz a un beau chandail tout propre !

Il est sidérant, pourtant, de voir comment ce garçon propret, qui répond à ses interview comme un rappeur bien sage, à intégré les codes, les dictions, les intonations, le patois et l’attitude des héros du dancehall comme personne, et détrousse systématiquement la version. Pour le plaisir, un de ses meilleurs titres, qui est aussi un de ses plus vieux. Produit par Dway « Supa Dups » Quee sur son label Black Chiney Rec., paru en 7 » en 2007.

7'' classic shit

Collie Buddz – Blind to you (2007)

Je suis persuadé qu’il existe un lien entre la culture d’américain propret de ce type, son étude assidue de Buju Banton et de Bounty Killer durant de longues après-midi solitaires dans sa chambre, la timidité dont il fait preuve en interview, et le fait qu’il ne défonce jamais autant que lorsqu’il est seul sur un morceau.  Seul, c’est à dire chez lui. Dès qu’il enregistre avec les bandits de G-Unit, ou même avec Lil’Wayne, ça part en vrille et il se fait déglinguer. On dirait qu’il n’est pas à l’aise, que ce n’est pas son monde. Quand ce vieux Lil’Wayne défoncé au syrup commence à lui caresser les épaules, il sent qu’il va se faire massacrer…

Lil’Wayne feat. Collie Buddz – You ain’t know

Il était tellement plus balaise à l'époque de ça...[/caption]

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