« J’ROULE COMME UNE VIEILLE DANS MON LAND CRUISER »

Une des différences fondamentales entre New York et L.A. est la présence dans la première ville d’une gigantesque compagnie de transports performante et organisée. Pour se déplacer, les b-boys de Big Apple empruntent le métro, et n’ont donc besoin que d’une name-plate en or et d’un walkman (et, éventuellement, d’un 9mm…).

Quiconque a déjà mis les pieds à L.A. (ou vu un épisode de Chips), a compris qu’en il ne fallait pas songer à emprunter là-bas l’une des tristes lignes qui parcourent à peine un dixième de la ville. Sans voiture, l’angelino moyen se dessèche derrière les vitres des transports en commun et, généralement, meurt ; De faim, de fatigue, de soif, d’ennui ou de rage. Les b-boys, qui sont les êtres les plus rusés de notre civilisation, y roulent donc dans des Chevrolet, éventuellement équipées de systèmes soniques démentiels. Le californien Boots Riley, fondateur de The Coup, qui fit son entrée dans le rap à l’arrière d’une Chevrolet équipée de boomers surpuissants durant les émeutes de L.A. en 1992, m’explique : « Ici, il faut que ça crache, les avenues sont immenses et tu dois te faire entendre ».

Boots Riley, bitch !

Boots Riley, bitch !

Logiquement, le rap, fomenté dans les années 80 sur des SP-1200 et des TR-808 a subi à Los Angeles une modification de taille, dictée par ces exigences d’écoute élargies. « Le kick (grosse caisse, NDR) de la TR (808, NDR), machine qui a fait le son de Bay Area, a un spectre en deux temps, une « attack » et un « release ». Si le bpm est élevé, les grosses caisses sont trop rapprochées et il n’y a pas d’espace pour entendre ce « release ». C’est pourquoi le rap de l’Ouest est lent et s’écoute sur d’énormes woofers dans les bagnoles, car ici tout le monde a une bagnole. Le son de New York est plus rapide et aigu parce que les exigences d’écoute n’y sont pas les mêmes : cette car-culture n’existe pas, tu écoutes la musique dans le bus, le métro, avec un poste, un walkman ».

L.A., bitch ! Mieux vaut prendre ta caisse si tu veux aller chercher ta baguette. Le Seven/Eleven est au numéro 7076. Ici, c'est le 1254 ! Flickr/Travelstogue

Cette explication du connaisseur Riley expliquerait en partie pourquoi le rap californien s’est établi à un bpm relativement plus lent que celui de New York. J’aime bien ce genre d’explications. La musique est rarement un hasard. C’est donc dans un souci de libération de ce funk primaire à travers les immenses boomers d’une Impala 64 que « The Chronic » de Dr Dre ou le « Kill my landlord » de The Coup, parus tous deux en 1993 sur la côte Ouest, soufflaient leur funk gras aux alentours de 80 bpm. Le son est épais, le beat lent, tringlé de synthés hypnotiques et de basses ronflantes. Un funk généreux parfait pour cruiser à tranquille sous un soleil de plomb, tout en caressant du bout des doigts les princesses aux yeux de cristal qui poussent spontanément sur le bas-côté. Alors qu’à New York, on s’en tape de ces histoires ; On enclenche un walkman ou un poste radio et ça pète comme ça peut. Peu de basses, bpm rapide, aigus réglés et violons.

Démonstrations et travaux pratiques, en direct de Long Beach, biiiitch !

LOS ANGELES – Ice Cube, It was a good day (1993, prod : DJ Pooh)

LOS ANGELES – Dre Dre + Snoop Doggy Dogg, Nuthin’ but a G thang (1993, prod : Dr Dre)

NEW YORK – Wu-Tang Clan, Protect ya neck (1993, prod : RZA)

Get in, bitch !

Plus loin, il y a des skateurs qui font de la musique de rêve. Des holyflips au ralenti au-dessus des bancs de Beverly Hills.

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Une Réponse to “« J’ROULE COMME UNE VIEILLE DANS MON LAND CRUISER »”

  1. Le son de new-york est aussi porté sur la basse mais différemment, c’est peut-être plus influencé par le jazz, le dub, avec les prods du début des 90’s on retrouve pas mal de basses généreuses avec des filtres souvent : Da Beatminerz, Ditc, Pete Rock, The Beatnuts…

    mais c’est vrai que de long beach à seattle il y a bcp de résidus p-funk dans le rap, même ce qui s’est fait de plus « jazzy » (Souls of Mischief, Casual) ou de plus « décalé » (Saafir, Hobo Junction) dans le style de du coins garde une saveur nonchalante.

    Le son d’Oakland, c’est un claquement de doigt et une basse, là-bas Zapp, c’est comme Telephone ici lol (drôle de comparaison, je sais, on fait ce qu’on peut)

    C’est aussi intéressant de voir que des groupes de là-bas comme Dilated Peoples, et leurs producteurs Evidence et Alchemist ont été énormément influencés par le son new-yorkais.

    Sinon, c’est clair que les transports en commun à L.A. c’est fucked up !
    T’arrive là-bas, la bagnole et le gps, c’est presque le minimum !
    J’ai marché dans Beverly Hills, j’avais l’impression d’être un e.t. dans un désert huppé et interminable ou les rares personnes que je croisé étaient des mirages! Sunset Bd, c’est « l’oasis », et je confirme, c’est les pauvres qui prennent le bus là-bas…

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