SKYROCK EN DANGER : OUAIS OUAIS…

Pendant mes vacances loin d’ici, j’ai entendu sur RFI une drôle de news au sujet de Pierre Bellanger, PDG de Skyrock, débarqué par l’actionnaire principal de la radio, Axa Private Equity. Son éviction du rang de PDG au « simple » rang de P aurait provoqué, selon le journaliste, « un tollé chez les auditeurs, un conflit de génération ». Mouaaaaahahahah !

A priori, je comprends les auditeurs. Ils craignent pour la ligne éditoriale d’une station de radio qu’ils adorent, ce qui est logique puisqu’on coupe la tête de celui qui l’a impulsée, développée et la dirige. Rappelons que ce Bellanger, en dépit de ce qu’on peut penser de la musique diffusée par Skyrock, a solidement développé cette radio, impulsant une activité numérique constante via la communauté des Skyblogs pour devenir finalement un modèle de développement dans un secteur musical dont la médiatisation était alors réduite à un quasi-néant. Ce qui ne l’a pas empêché de brader parfois le rap à coup d’heavy-rotations insupportables et de lui niquer sa mère plus que de raison en poussant les labels à se conformer à ses formats, rappelons-le aussi pour être tout à fait juste. Même si bien sûr, à la décharge de la radio, les labels ont été assez bêtes/cupides/têtes de poulets pour s’y conformer et conforter le monopole.

Digression : Je me rapelle à ce sujet d’une interview pour RER ou Lino m’avait dit : « Skyrock ? Ouais, Skyrock…  Mais bon, faut arrêter aussi avec ça. On peut pas non plus tenir Skyrock pour l’éternel responsable de notre partage en couilles. On l’a bien voulu, hein ». A l’époque de « Quelque chose à survécu ».

Difool, grandiose Babybel !

Bref. Ce qui est le plus étonnant, ce n’est donc pas la réaction des auditeurs, mais le discours que tient la station, et qui se résume à ce paradigme stupide : liberté d’expression en danger !

Mais d’où Skyrock représente la liberté d’expression, nom d’une pipe en bois d’Boulogne ? Cette radio a toujours pratiqué une sélection draconienne parmi les artistes qu’elle diffuse en fonction de ses impératifs commerciaux propres, et certainement pas de l’évolution artistique ou des intérêts de la communauté rap. D’où Skyrock est l’ami du rap ? On peut aussi bien dire le contraire, on peut dire que la liberté d’expression rapologique était aussi menacée par la présence de Bellanger, du seul fait de la sélection inhérente à sa ligne éditoriale/couleur d’antenne. Et quelle couleur, au passage ! On pense ici à Dee Nasty, on pense à IAM, à Lunatic, on pense à La Rumeur, et on pense à une myriade d’artistes indés qui n’ont jamais eu un quelconque accès à cette radio. On se souvient aussi de quelques beaux saccages de carrière, de ponts en or qui se sont brusquement écroulés sans laisser le moindre bénéfice aux principaux intéressés.

Les vrais savent, t’as vu…

En réalité, ce qui est en danger, c’est surtout le poste de Pierre Bellanger, ses +600.000 euros annuels et certainement, ne le lui enlevons pas, sa passion pour l’entrepreneuriat et pour la chose radiophonique. Au passage, on remarque qu’il peut compter sur une armée de rappeurs qu’il a fait princes pour hurler avec lui contre les méchants actionnaires, craignant pour LEUR liberté d’expression (et non pour LA liberté d’expression) et, bien plus préoccupant, pour leur nombre de rotations hebdomadaires. Une belle brochette de ceux qui tournent en boucle sur Skyrock ont pourtant un jour ou l’autre chié sur Bellanger et sur Skyrock. Mais ça, c’était avant qu’on leur ouvre les portes, avant que les rappeurs français ne comprennent qu’il ne vaut mieux pas se brouiller avec le seul canal radiophonique susceptible de les accueillir. Retourne ta veste, vite. En gros on assiste depuis quelques jours à un superbe représentation du bal des hypocrites.

Que le PDG soit furax, on le comprend, que les rappeurs se demandent comment ils vont passer à la radio aussi. Mais qu’ils utilisent le prétexte de la liberté d’expression pour appeler à une indignation à pas cher sur la place publique est juste détestable. Pure manipulation des auditeurs qu’ils prétendent respecter.

La réalité est beaucoup plus triviale. Lorsque Pierre Bellanger est allé chercher Axa Private Equity pour devenir actionnaire majoritaire d’une station de radio privée, il savait que son sort de minoritaire (30%) était entre leurs mains, et que ce genre de décision pouvait lui tomber sur le coin de la tête n’importe quand, comme c’est le cas dans n’importe quel secteur économique où la répartition des pouvoirs est à la discrétion du capital. Sans doute, même, devait-il être bien content, à l’époque, qu’ils entrent dans ce capital alors mis en vente.

Et après ? Ils utilisent leur droit d’actionnaire majoritaire ? Et donc ? Est-ce vraiment la liberté d’expression qui est en jeu ici ? M. Bellanger, il y a fort à parier que cette éviction n’a pas grand-chose à voir avec le fait que votre gueule ne  revient pas  aux actionnaires ou que vous passez du rap sur les ondes. Un recul 8 millions d’euros du CA en 2010 serait peut-être une plus probable explication, non ? Ou alors, si c’est bien la liberté d’expression qui est menacée cas, dites-le : annoncez ce que manigancent Axa et je ne sais quels pouvoirs obscurs qui veulent abattre la jeunesse, son argot et son rap, en tuant Skyrock. Sans quoi, l’origine de cette décision ne passera pour rien d’autre qu’une pure décision économique privée : des deux activités pratiquées par le groupe (services internet et radio), une seule est aujourd’hui rentable. Devinez laquelle ?

Arf...

L’analyse de Philippe Mouricou sur son blog est éclairante à ce sujet : « La décision d’Axa Private Equity peut s’interpréter de deux façons (qui ne sont d’ailleurs pas mutuellement exclusives). On peut d’abord supposer que la logique qui sous-tend l’éviction de Pierre Bellanger est la séparation de l’activité radio qui, incapable de générer des liquidités, n’aurait plus sa place dans le groupe et plomberait les activités sur Internet. L’autre explication possible, c’est qu’en bon fonds d’investissement, Axa Private Equity cherche à préparer sa sortie du capital ce qui nécessite un assainissement préalable de la structure financière afin de procéder à la vente à la découpe du groupe. Dans les deux cas, c’est une logique de gestionnaire de portefeuille qui prédomine… bien éloignée des enjeux entrepreneuriaux et industriels qui ont guidé le développement de l’entreprise jusqu’ici ».

En parfait maitre de la communication, capable de t’enfumer la cervelle plus efficacement encore qu’un MC un jour de freestyle, Pierre Bellanger a donc réussi à faire passer une décision qui touche à la réorganisation capitalistique d’une station radio privée en un débat de société, une question de liberté d’expression, un conflit de génération. Nulle part, pourtant, il a été dit que le nouveau PDG allait briser l’élan rap impulsé (instrumentalisé ?) par Skyrock (ce qui serait une belle erreur stratégique, ou alors le bonhomme possède un solide plan de restructuration de la couleur d’antenne, et alors là, chapo bas s’il réussit !). Et de toutes façons, les rares réjouissances nocturnes de Skyrock, les émissions spé et consorts, sont plutôt à mettre au crédit de Laurent Bounneau, directeur des programmes, qu’à celui de P. Bellanger, homme de stratégies et d’économie avant tout.

Mais le pire dans tout ça, ce ne sont pas les auditeurs, ce ne sont pas les rappeurs, ce sont tous ces hommes et femmes de fausses intentions, parleurs moelleux et déphasés et politicards en campagne qui osent passer sur l’antenne de Skyrock pour soutenir une radio dont ils se contrefoutent, dont l’activité commerciale est basée sur une musique qu’ils ont tous attaqués à divers degrés dans leurs fielleux discours. Francois Hollande qui demande le « respect » pour la « marque Skyrock », c’est vraiment à se rouler dans la pisse de rire !

Ah tes bô, François !

Curieusement, ces hommes politiques toujours prompts à sauver la veuve et l’orphelin (et pour le coup -une fois n’est pas coutume- le rappeur) n’ont pas fait la même gueule ni le même foin quand Cluzel s’est fait lourder de Radio France, ni quand Guillon et Porte se sont fait sortir par son successeur sur ordre de tu-sais-qui ! La putain de honte.

PS // Et une belle retournade d’opinion publique pour rien : on apprend aujourd’hui que le PDG restera probablement PDG en s’alliant avec le Crédit Agricole, qui rachète des parts de Axa PE et injecte des fonds dans une holding détenue à 51% par Bellanger. Crédit Agricole, la banque des jeunes, ouais, ouais, la banque du rap aussi. Je vais de ce pas en parler à mon banquier !

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2 Réponses to “SKYROCK EN DANGER : OUAIS OUAIS…”

  1. bandini Says:

    « On pense ici à Dee Nasty, on pense à IAM, à Lunatic, on pense à La Rumeur ». Ok pour Dee Nasty, La Rumeur et à la rigueur Lunatic (jme rapelle que leur titres  » le son qui met la pression »avait vite fait tourné en rotation, même si c’est vrai que les deux lunatic ont été vmt boycottés sur sky pr rapport à la qualité demauvais oeil )mais IAM faut pas abuser, ils ont atteint le million d’exemplaires vendues grâce à NRJ et skyrock qui passait « petit frère », « l’empire du côté obscur », « la saga », et « elles donnent son corps avant son nom » : les titres d’Iam les plus conventionnels il est vrai. AKH s’est en plus refait avec Bad boys de marseille qui passait en boucle sur sky, à côté de The verv (héhé) raggasonic et doc g. Sinon bête d’article

  2. bandini Says:

    A quand un nouveau magazine format papier Hip Hop???
    Il le faut, tu as maintenant les épaules pour, à ce que j’en lis depuis ce blog et vu l’expérience acquise depuis Radikal.

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