INTROSHIT (THIS IS NAAAS)…

The Intro. Dans le rap, et contrairement à environ tous les styles musicaux, l’intro est un exercice à part entière. Elle sert de point de départ à un album, de point de vue pour l’auditeur, de résumé pour ceux qui n’ont rien suivi, de mise en bouche pour ceux qui savent déjà. J’ai toujours eu dans l’idée d’en faire un vrai sujet car le genre est inépuisable et fascinant – il s’agit bien d’un genre, d’une forme musicale à part entière, d’un exercice propre (et je loue le DJ qui s’y collera un jour sur une intro-tape…coucou Bachir & Slurg). Pour cette première fois, je vais m’en tenir aux intros de Nas, car il est un de ceux qui s’en tirent avec le plus de lauriers.

Ouais, ouais, c’est comme ça l’intro…

J’ai toujours été fasciné par les intros de ce génie du Queens. Qu’elles annoncent des disques moyens ou des livraisons totalement classiques, elles sont la plupart du temps somptueuses. Généralement serties d’une composition classique, où en tout cas tringlée d’aigus réglées, d’une mélodie samplée fortement insistante, d’un beat lent et martial, elles inspirent le respect. Un exercice à part entière, que celle de son dernier album, baptisée à juste titre No Introduction, ne dément pas.

Chez Nas, mieux que chez beaucoup d’autres, l’intro est d’abord un exercice systématique, récurrent – même si elle porte parfois le nom d’un simple titre -, abordé avec une plume aussi solide que dans n’importe quel morceau – contrairement à nombre de disques où elle vire au ramassis de grognements, dédicaces de rigueur et phases rapides (coucou les Français !). Chez Nasir Jones, l’intro sert de renaissance magique, de perpétuelle remise à zéro, d’invitation ouverte pour entrer de plain pied dans l’œuvre nouvelle. Elle tient toujours le même discours, c’est clair, mais elle le tient mieux que chez quiconque.

This is NAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAS !

Surtout, elle fonctionne sur le même mode narratif. A chaque album (à l’exception de God’s Son et Hip-Hop is Dead, qui n’en ont pas), l’intro récite l’histoire du héros – Nas en l’occurrence – since day one, c’est-à-dire en y ajoutant un album et quelques années de plus. En paroles (Stillmatic) ou en sons (I Am), elle résume la carrière du MC et le parcours du bonhomme hors micro, figurant le point de vue d’où il faudra apprécier l’œuvre qui s’ouvre. A chaque album, on repart de zéro, on remonte même avant Illmatic, à l’époque ou le kid désargenté buvait de l’eau sucrée chez maman, campait sur le canapé en matant Mary Jane Girls à la télé en avalant de la bouffe cheap du 7/11 local. « The feature opens with this young black child… etc »

Somptueuses, aériennes, martiales – voire totalement narcissiques -, les intros de Nas revisitent sous un feu cinématographique l’histoire de Nasir Jones, en un concentré poétique alliant descriptions graphiques, accumulations d’images, références concrètes (« food from C-Town », yo), et samples du passé. Le tout solidifié par cette sagesse un peu défoncée propre à Nas qui tire des leçons définitives.

De toute l’histoire du rap, les intros de Nas sont celles qui ont été produites avec le plus de consistance mais aussi de constance. Confiantes, egotripées , grandiloquentes ou totalement christiques, elles sont juste des bijoux. Review.

1 – « Niggaz don’t listen man, representing it’s Illmatic ».

2 – « Nas, what’s dis bullshit on da radio, meh !!? »

3 – « Fuck all ya faggots motherfuckers ! »

4 – « They thought i’d make another Illmatic, but it’s always forward i’m moving, here’s another classic »

5 – « I know it’s hard for them to understand people like us can love each other »

6 – « I remember early mornings, syrup sandwiches, sugar water »

Au passage, on observera que le concept de pochette s’en est tenu, chez Nas, à quelque chose de sérieux et cohérent durant quatre albums. Jusqu’à ce que sur la cinquième, il décide de faire caca sur un muret accompagné d’un pigeon, avant de revenir à une attitude christique plus classique (les pochettes, aussi, super sujet…).

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2 Réponses to “INTROSHIT (THIS IS NAAAS)…”

  1. L’intro qui ouvre l’album « Ready To Die » est également fascinante, c’est comme une bande annonce accrocheuse mais réussie d’un biopic sonore.

  2. Salut,

    Pardon si je me permets de te tutoyer, mais ayant lu déjà pas mal de tes articles dans le Diplo, les Inrocks ou encore certains de tes bouquins (Combat Rap I et II, surtout le II), je me sens suffisamment proche. Pardon de te contacter à l’arrache sur ce blog également.

    Comme beaucoup de personnes racontent beaucoup de bêtises sur « le » rap français qui revient décidément à la mode ces temps-ci, j’ai voulu en faire le sujet de mon mémoire de fin de licence. Le sujet serait encore à préciser mais cela devrait tourner autour du post-colonialisme dans le rap, ou de la « voix contestatrice » des labels indépendants. Le but de ce message n’est pas de te demander une interview, mais plutôt des conseils. Plus précisément j’aurais aimé avoir ton avis sur deux trois points-clefs, et des conseils méthodologiques sur la possibilité de chopper des statistiques sur le milieu du rap (charts, sociologie des publics, etc.).

    Si jamais tu en as le temps et l’envie, merci de me répondre. Dans tous les cas, merci pour le travail journalistique de qualité que tu as fourni.

    Baptiste

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